Ce bien qui fait mal à l'âme, la littérature comme expérience morale

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Mardi, 16 Janvier, 2018 - de 12:15 à 13:15
Michel Terestchenko

Nul ne peut oublier les traces laissées en soi par le prince Mychkine ou Aliocha Karamazov, et la rédemption de Raskolnikov par quoi s'achève Crime et châtiment est une de ces expériences qui vous marquent à jamais. Mais ce n'est pas chez Dostoïevski seulement que le bien s'incarne dans des figures inoubliables d'une puissante intensité. Jean Valjean, incrédule face au don insensé des chandeliers par l'évêque de Digne, est soudain arraché à la haine et se trouve, malgré lui, consacré à une vie de bonté et d'intégrité qui ne reculera pas devant les exigences de l'ultime sacrifice. Aucun roman ne révèle mieux que Les Misérables à quel point le bien peut faire « mal à l'âme », soit pour transfigurer un être soit pour le détruire. On le voit avec Javert que la générosité de Jean Valjean conduit au suicide. Que la manifestation du bien puisse être insupportable, on le voit encore à l'envie destructrice qui anime John Claggart envers Billy Budd, le beau matelot, incarnation parfaite de l'innocence, dans le roman éponyme de Herman Melville. Face au bien que chacun de ces personnages incarne, nul ne reste indifférent : ni les interlocuteurs auxquels ils s'adressent, ni le lecteur qui se trouve, à son tour, sommé de répondre à une expérience existentielle radicale. Telle est la puissance que Michel Terestchenko explore dans des exercices de lecture qui, loin de tout angélisme, nous invitent à nous tourner vers ce qui appelle l'humanité de l'homme au plus noble, au plus terrible, au plus exigeant.

Informations complémentaires: 

Michel Terestchenko est philosophe, maître de conférences à l'université de Reims et à l'IEP d'Aix-en-Provence. Spécialiste de philosophie morale et politique, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont "Un si fragile vernis d'humanité, banalité du mal, banalité du bien".

Bibliographie sélective :

  • Ce bien qui fait mal à l'âme, la littérature comme expérience morale (Editions Don Quichotte, à paraitre le 4 janvier 2018)
  • Un si fragile vernis d’humanité : banalité du mal, banalité du bien (La Découverte, 2005)
  • Les Complaisantes, Jonathan Littell et l'écriture du Mal.  Michel Terestchenko et Édouard Husson (F. X. de Guibert, 2007)
  • Du bon usage de la torture, ou comment les démocraties justifient l'injustifiable (La Découverte, 2008)
  • L'ère des ténèbres (Éd. Le Bord de l'eau, coll. La bibliothèque du Mauss, 2015)

Blog : http://michel-terestchenko.blogspot.fr/