La gestation pour autrui : de la morale à la justice

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Mardi, 4 Décembre, 2018 - de 12:15 à 13:15
Marlène Jouan

La gestation pour autrui (GPA) est une forme d’assistance médicale à la procréation qui se distingue par le fait qu’en vertu d’un arrangement social et éventuellement financier, la femme qui assure la grossesse et accouche de l’enfant n’est pas sa mère légale. Elle introduit à ce titre un trouble dans la maternité qui est certainement l’une des expressions très concrètes d’un plus large et fameux « trouble dans le genre ». Interdite en France mais intégrée depuis une quinzaine d’années à un commerce international des matériaux et services reproductifs, cette pratique engage des controverses scientifiques et publiques passionnées, qui font voler en éclat les clivages politiques habituels et divisent les féministes au moins autant que la prostitution. Alors que l’on peut parier que la révision en cours des lois de bioéthique maintiendra sur ce point le statu quo, on montrera qu’il est nécessaire de déplacer les termes du débat, du terrain binaire et surplombant de la morale où il se déroule traditionnellement sous l’égide du principe de dignité et d’une critique radicale du patriarcat, à celui de la justice qui est exploré depuis le début des années 2000 dans la littérature anglophone. Empiriquement ce déplacement est informé par des enquêtes ethnographiques qui requièrent d’entendre les voix des gestatrices en mettant de côté la répugnance suscitée par ce qu’elles font ; théoriquement il s’inspire à la fois du marxisme, des études post-coloniales et des éthiques du care pour articuler la problématique de genre à celles de classe et de race. Il invite à défendre une position pragmatique et critique sur la reconnaissance de la gestation pour autrui comme un travail à part entière.

Informations complémentaires: 

 

Marlène Jouan est maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Grenoble Alpes et membre du laboratoire Philosophie, Pratiques & Langages (PPL, EA 3699 UGA).
D’abord consacrés à la question de l’autonomie individuelle et des fondements de la normativité morale, ses travaux se concentrent aujourd’hui sur l’autonomie reproductive et la reproduction sociale en croisant les ressources de l’éthique appliquée, des études de genre et de la philosophie sociale.

Outre la publication de plusieurs articles dans des revues et ouvrages scientifiques, elle a dirigé les volumes Psychologie morale. Autonomie, responsabilité et rationalité pratique (Vrin, 2008) et Voies et voix du handicap (PUG, 2013) ; ainsi que co-dirigé avec Sandra Laugier l’ouvrage Comment penser l’autonomie ? Entre compétences et dépendances (PUF, 2009) et avec Jean-Yves Goffi le numéro L’animal des "Recherches sur la philosophie et le langage" (Vrin, 2016).

Après avoir organisé un colloque international et interdisciplinaire sur la gestation pour autrui en mars 2017 à Grenoble, elle prépare actuellement une monographie intitulée La gestation pour autrui : de la morale à la justice, dont la parution est prévue courant 2019.